
Récemment, l’écosystème déjà vaste des outils de gestion pour les organismes de formation professionnelle voit naître de nouveaux logiciels. Développés rapidement, comme sortis de nulle part, un beau site internet et des prix d’entrée bas promettent monts et merveilles…
Comment voient-ils le jour aussi vite ? La réponse : l’intelligence artificielle générative. L’IA permet de générer du code sans grandes compétences dans la matière. On parle de “vibe coding”.
C’est comme ça que des logiciels et applications peuvent être construits par des personnes dont ce n’est à la base pas le métier, relativement rapidement. Et le marché de la formation est un terrain prisé pour ce genre d’expérimentations… mais à quels coûts ?
On vous donne nos conseils pour repérer, analyser et remettre en question les outils créés entièrement avec l’IA pour vous guider et vous permettre de faire le bon choix.
Si vous vous demandez “mais qui choisirait un outil fait entièrement par l’IA ?”, ou au contraire ne comprenez pas l’alarmisme sur le sujet, voici les grands “pour” et “contre”.
Un outil vibe codé peut être attrayant car…
Mais attention…
Lire aussi : Les risques de l’IA dans les organismes de formation (et comment y remédier)
Le “vibe coding” en lui-même n’est pas toujours un problème. Mais un outil de gestion généré à l’IA présente des risques.
Un outil entièrement codé par IA peut voir s’accumuler une dette technique. L’IA génère du code qui fonctionne en apparence, mais qui peut être redondant ou mal optimisé.
Le problème peut être accentué par la façon dont l’humain derrière le projet a prompté la machine : en décrivant les fonctionnalités nécessaires dans l’application, le code généré par l’IA n’a pas de vision macroscopique. L’IA code fonctionnalité par fonctionnalité, sans la logique ou la solidité structurelle d’un outil codé avec l’expertise de quelqu’un dont c’est le métier. Le logiciel risque d’être lent, peu optimisé… voire de s’effondrer.
En cas de problème complexe, le créateur qui “vibe code” est démuni. Sans la connaissance de la logique algorithmique de base, il ne peut pas relire et corriger les lignes de code. Il se résigne à demander à l’IA de corriger ses propres erreurs. Le risque d’hallucination de l’IA créée une spirale d’instabilité technique, qui peut même devenir complètement bloquante.
Derrière les applications sorties du jour au lendemain, il n’y a souvent qu’une seule personne. Si coder n’est pas son métier, nous avons déjà vu le risque encouru : incapacité à comprendre les origines de bugs, et donc à les corriger…
Mais pensons aussi aux autres aspects : si une seule personne ou une toute petite équipe porte toutes les casquettes, que se passe-t-il si elle n’est pas disponible ? Quand le seul contact tombe malade, part en vacances ou se lasse du projet, il n’y a plus personne derrière l’écran. L’OF perd son outil de travail, sans aucun recours.
Ces projets sont parfois montés en très peu de temps, sans réelle réflexion. Qui vous dit qu’ils ne seront pas abandonnés aussi vite qu’ils ont été lancés ?
L’absence de support technique ou de service client peut aussi rapidement devenir un problème. L’accompagnement à la prise en main d’un outil est important pour qu’il soit correctement utilisé. Mais même si vous pensez pouvoir vous en passer, qu’en est-il d’un bug bloquant en pleine journée, au plein de votre activité ?
L’IA peut générer du code à minuit… mais pas répondre à un appel de crise à 9h du matin quand le logiciel présente un dysfonctionnement qui vous empêche de travailler. Les temps de rétablissement deviennent très longs lorsqu’une équipe dédiée n’est pas disponible, ou ne sait pas trouver l’origine du problème. L’activité de l’OF risque d’être bloquée plusieurs heures, voire plusieurs jours, avec des conséquences importantes sur la qualité de la formation délivrée et la satisfaction des clients.
Beaucoup d’applications vibe codées n’ont pas de mentions légales conformes, ou n’en ont pas du tout ! Ce vide juridique est un véritable risque pour un OF. En cas de problème, rien ne vous protège réellement.
La sécurité des données est reléguée au second plan, voire oubliée. Le problème est à la fois dans la conception de l’outil, et sa gestion sur la durée :
L’interface de l’application peut être solide, si l’accès à la base de données n’est pas correctement configuré, c’est comme acheter une porte blindée ultra-moderne mais laisser la clé sous le paillasson.
Comment savoir si un outil correspond au profil “vibe codé par une personne seule dont le projet n’est pas très solide” ? Quelques indicateurs…
Tous rédigés avec la même tonalité, des photos sorties d’une banque d’image ou générées avec une IA, des noms d’entreprises et de témoins absents ou inventés… À première vue, des témoignages clients peuvent rassurer et sembler véridiques. Mais prêtez attention aux détails ! Certaines entreprises rédigent de toutes pièces de fausses citations et interviews, parce qu’elles n’ont pas encore de clients, ou de retours positifs.
Les “petits” ou nouveaux acteurs du secteur doivent construire leur autorité, et c’est normal ! Mais parfois, une page les comparant aux concurrents n’est pas construite de façon honnête. Le code couleur utilisé, les fonctionnalités omises du comparatif ou encore la formulation peuvent être trompeuses, ce qui révèle un manque d’arguments comparatifs forts, compensés par du langage marketing.
Voici à quoi pourrait ressembler un tel comparatif... Attention à bien lire entre les lignes !

Insister sur “disponible nativement” VS “disponible par API” peut être un argument volontairement orienté. Est-ce réellement mieux pour vous si un LMS, un outil pédagogique ou encore un onglet gestion RH est intégré nativement à l’outil ?
En réalité, la connexion API permet de relier vos outils de façon fluide, sans impact sur votre utilisation. Elle peut même présenter des avantages, car l’outil connecté est développé spécifiquement pour l’usage en question, et pas en tant que sous-fonctionnalité d’un autre outil.
Parfois, tout intégré, c’est bien. Parfois, “chacun son métier”. L’aspect natif d’une fonctionnalité peut donc être un faux avantage, qui au mieux ne change rien par rapport à l’intégration par API.
Des activités qui s’arrêtent à répétition ne serait pas bon signe pour celle à laquelle vous vous apprêtez à confier votre gestion.
En tant qu’OF, voici d’autres choses à prendre en compte avant de choisir votre logiciel de gestion.
Siret, forme juridique… L’entreprise qui édite le logiciel doit en disposer et ils doivent être cohérents. Regardez aussi la date d’immatriculation : une micro-entreprise créée récemment par une personne seule pourrait très bien être sur le chemin du succès et de la stabilité… Mais de nombreuses activités s’arrêtent aussi vite qu’elles n’apparaissent. Se lancer avec un projet trop jeune, c’est prendre le risque de voir l’outil disparaître du jour au lendemain.
💡 https://www.pappers.fr/ vous permet d’accéder à toute l’information d’une entreprise.
La présence d’une équipe est essentielle pour assurer la qualité, le support et le maintien sur le long terme de l’outil. Même si vous êtes autonome sur la prise en main et l’utilisation quotidienne ! Si tout repose sur une personne seule, les problèmes éventuels peuvent prendre longtemps à être réglés. Et une fois de plus, l’outil présente plus de risques de ne plus être maintenu ou de disparaître, car son existence n’est pas renforcée par l’engagement de plusieurs personnes.
💡 Un bon indicateur qu’il y a bien de l’humain derrière un outil : le contenu “corporate”. Des articles de blog sur la vie de l’entreprise et de l’équipe, une page “carrières” ou “nous rejoindre” qui soit plus qu’un formulaire de contact, les posts LinkedIn montrant le quotidien…
Contactez l’éditeur du logiciel et questionnez ses pratiques !
Lire aussi : Est-ce que les fonctionnalités de Dendreo respectent le RGPD et l’AI Act ?
Le secteur de la formation professionnelle présente des opportunités pour de nouveaux fournisseurs de logiciels. Les OF ont des besoins, et doivent rapidement trouver des solutions pour simplifier leur gestion. Mais ce marché en expansion peut attirer des acteurs peu sérieux, qui se font une place grâce aux nouvelles possibilités nées avec la généralisation de l’IA générative.
Ces nouveaux entrants compliquent le tri pour les organismes qui cherchent une solution fiable, robuste et adaptée à leur quotidien. Pour démêler les sérieux des opportunistes, rappelez vous de toujours questionner et analyser ce que chacun propose avant de tomber dans le piège d’un prix attractif ou d’un discours marketing.
.png)

.png)